Un mémorial en hommage à Frédéric Jouve

11/06/2018

Discours du maire du Brignon prononcé lors de l'inauguration le 10 juin 2018 du mémorial à Bessarioux en hommage  à Frédéric Jouve, disparu le 13 juin 2017

"Il y aura un an mercredi prochain, une tragédie frappait notre territoire. Elle fauchait Frédéric qui avait eu trente ans. Le déchirement pour nous tous est toujours présent et cruel.
Nous nous souviendrons à jamais de cet orage dévastateur si puissant dont l'ampleur n'a jamais été égalée à ce jour sur la région. Nous nous souviendrons à jamais de ce déchaînement des flots, charriant rochers, cailloux et arbres mutilés,  emportant tout sur leur passage. Ce jour là, rien ne laissait présager un tel drame. Pourquoi tant de rage et de brutalité? Les orages sur nos hauts plateaux, nous les redoutions habituellement  sans penser qu'ils pourraient être un jour meurtriers.
Ces instants tragiques reviennent dans nos esprits. Celles et ceux qui sont arrivés en premier avec nous sur ces mêmes lieux le soir du 13 juin sont marqués pour toujours. Ce soir là, bravant les pluies diluviennes, les sapeurs pompiers ont arpenté, dans la nuit noire, les gorges escarpées et dangereuses de la Bèthe, pendant que nous sollicitions de toutes nos forces des renforts notamment d'un hélicoptère de le sécurité civile pour survoler la zone avec un projecteur. Les sapeurs pompiers étaient là avec nous pour apporter à toi Josiane un peu de réconfort, nous venions de t'apprendre la terrible nouvelle de la disparition. Nous ne pouvions pas imaginer un instant le pire : cette petite rivière est d'ordinaire si paisible, elle s'était transformée en un torrent fou. Durant cette nuit qui fut la plus longue même en plein mois de juin, nous aurions remué ciel et terre pour retrouver Frédéric vivant. Jusqu'au bout de la nuit, nous gardions une petite lueur d'espoir. Ce n'est qu'aux aurores que nous devions nous rendre à l'évidence : nous avons découvert à ce moment là l'ampleur de la crue et les dégâts occasionnés et avons compris que Frédéric ne pouvait pas avoir survécu face à la violence des éléments naturels. Il était retrouvé le lendemain en fin de matinée à 7 km d'ici par un de ses amis qui étaient partis avec d'autres à sa recherche, malgré la dangerosité de la zone.
Je veux m'adresser à vous, Josiane, Bernard, Stéphanie et Sébastien pour vous dire combien nous avons été admiratifs de votre courage pour surmonter cette effroyable épreuve. Je sais que pour vous le deuil est tellement difficile à faire. L'incompréhension demeure. Il y a une terrible contradiction que nous ne pourrons jamais résoudre : comment Fred peut-il avoir trouvé la mort alors qu'il allait sauver une vie?
Depuis maintenant un an, nous avons essayé de vous accompagner de notre mieux, nous comprenons toujours  votre désarroi. Nous avons pu obtenir qu'il soit considéré comme un sapeur pompier en mission, un collaborateur occasionnel du service public. Depuis un an, nous avons eu à coeur de reconstruire ce territoire anéanti en pensant à chaque fois à ce que Frédéric aurait dit devant un tel désastre. Il ne l'aurait certainement pas admis et n'aurait eu qu'une seule obsession : que son pays, son village ravagé soit remis en état au plus vite. Je dois l'avouer, nous avons eu une pensée profonde pour lui en ouvrant vendredi soir le pont de Bessarioux reconstruit. Que ce nouvel ouvrage lui soit dédié. Et cette pensée nous l'avons eu, à chaque fois qu'il a fallu refaire, reconstruire les équipements et les routes endommagées.
Ensemble depuis un an, Josiane, Bernard, nous avons aussi longuement discuté au cours de soirées sur ce qu'il advenait de faire pour perpétuer l'hommage à Frédéric. Rappelons que le 18 novembre dernier, le préfet de la haute-Loire vous remettait, à titre posthume, la médaille du courage et du dévouement échelon or. Cette reconnaissance de l'Etat était parfaitement justifiée, pour autant, le souvenir doit aujourd'hui perdurer. L'idée est née de ce mémorial, et il vous importait qu'il soit ici même à quelques mètres du lieu de la tragédie.
Frédéric n'aimait pas les honneurs et ne cherchait pas la gloire. Ce soir là, il est parti sur ce sentier aux devants des secours pour les guider dans la tempête de façon naturelle et spontanée. C'était un geste qui s'imposait à lui, c'était un geste qui s'imposait sa conscience : aller secourir une personne dans le besoin. Tout simplement.  Pourquoi  donc ce mémorial?
Vous le savez tous : le temps efface les souvenirs mais n'effacera jamais le geste héroïque qu'a accompli Frédéric et qui commande notre plus grand respect. C'est toute sa signification : que les générations présentes et futures qui passeront sur cette route, sur ce chemin n'oublient pas qu'ici même quelqu'un a sauvé des vies, notamment celles des pompiers qui le suivaient, en allant jusqu'au sacrifice suprême.
Pour nous tous, ce mémorial doit permettre de donner un sens à cette mort brutale et de dépasser cet sinistre événement. Nous connaissions tous Frédéric pour son sens de l'entraide et son coeur généreux. Depuis l'ailleurs ou l'au delà, il nous délivre un message : que ce mémorial nous apprenne aussi à recréer l'espoir".   

Un mémorial sobre et symbolique


La pierre noire de base est du basalte, terre volcanique du Velay, témoignage des origines de Frédéric. La base porte des macarons émaillés. Ils illustrent le monde agricole dont Frédéric est issu. Les couleurs des macarons et les quatre faces évoquent le cycle des saisons. Les autres macarons, présents toujours sur cette pierre noire, relatent les goûts de Frédéric, ses choix esthétiques et ses passions : la moto, sa maison.
La pierre blanche qui surmonte la base est un calcaire de Bourgogne. Sa forme représente Frédéric : grande, élancée, très structurée, douce, précise et sobre. Les trente ronds de cuivre représentent les années que Frédéric a vécues et ses nombreux amis. Ces ronds de cuivre sont très régulièrement insérés dans la pierre. Frédéric était très rigoureux dans sa vie, son travail, son rapport avec l'autre.
La bande inox s'enroulant autour de la pierre symbolise son chemin de vie. Ce ruban s'achève avec une sphère du même alliage, représentant un départ pour l'Ailleurs ou l'au delà.
La forme torsadée s'ouvre comme un bourgeon, symbole de l'espoir et du renouveau et évoque la nature que Frédéric aimait tant. C'est aussi une forme qui représente une flamme qui ne s'éteindra jamais ou un flacon, celui d'une vie précieuse.